Couple âgé examinant des documents avec conseiller
septembre 2, 2026

Assurance-vie et non-résident : quel régime successoral s’applique ?

Par L'Equipe de rédaction

L’expatriation ne dispense pas de s’interroger sur le sort de son contrat d’assurance-vie au moment de la succession. Le régime successoral applicable dépend principalement du domicile fiscal du souscripteur au moment de son décès, du lieu de résidence des bénéficiaires et des conventions fiscales bilatérales existantes entre la France et le pays de résidence. Sans convention spécifique, l’article 990 I du Code général des impôts peut s’appliquer aux bénéficiaires même non-résidents. Cet article détaille les critères déterminants, les règles fiscales par situation et les précautions à prendre pour sécuriser la transmission.

Les critères déterminants du régime applicable

La question du régime successoral d’une assurance-vie pour un non-résident ne se résout pas de manière uniforme. Plusieurs facteurs entrent en jeu simultanément et leur combinaison détermine le traitement fiscal final.

Le domicile fiscal du souscripteur

Le premier critère à examiner concerne la résidence fiscale du souscripteur au jour de son décès. L’administration fiscale française applique des règles différentes selon que le défunt était domicilié en France ou à l’étranger au sens de l’article 4 B du Code général des impôts.

Un résident fiscal français reste soumis à la fiscalité française sur l’ensemble de son patrimoine mondial, y compris les contrats d’assurance-vie souscrits à l’étranger. À l’inverse, un non-résident français au moment de son décès bénéficie potentiellement d’un régime plus favorable, sous réserve que le contrat ait été souscrit auprès d’un assureur non établi en France.

La localisation du contrat et de l’assureur

Le lieu où le contrat a été souscrit joue également un rôle déterminant. Un contrat d’assurance-vie ouvert auprès d’une compagnie d’assurance française reste soumis aux règles fiscales françaises, indépendamment du lieu de résidence du souscripteur. En revanche, un contrat souscrit à l’étranger, auprès d’un assureur non-résident, peut échapper partiellement à la fiscalité française selon les circonstances.

Le lieu de résidence des bénéficiaires

Enfin, la résidence fiscale des bénéficiaires désignés dans le contrat constitue un troisième paramètre essentiel. Depuis la loi de finances de 2014, l’article 990 I du CGI prévoit que les capitaux décès versés à des bénéficiaires résidents fiscaux français sont taxables en France, même si le souscripteur était non-résident au moment de son décès.

Comprendre l’article 990 I du code général des impôts

Cette disposition légale mérite une attention particulière car elle constitue le socle du régime fiscal des contrats d’assurance-vie en France, y compris dans les situations transfrontalières.

L’article 990 I prévoit un prélèvement spécifique sur les sommes versées aux bénéficiaires d’un contrat d’assurance-vie en cas de décès de l’assuré, distinct des droits de succession classiques. Ce prélèvement s’applique aux capitaux transmis au-delà d’un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, pour les primes versées avant les 70 ans de l’assuré.

Selon les précisions apportées par l’administration fiscale, ce régime dérogatoire vise à taxer la transmission du capital-décès indépendamment du statut résident ou non-résident du défunt, dès lors que le bénéficiaire réside fiscalement en France ou que l’assureur est établi sur le territoire français.

La fiscalité de l’assurance-vie en contexte international repose sur un équilibre subtil entre le principe de territorialité et les conventions fiscales bilatérales destinées à éviter les doubles impositions.

Direction générale des finances publiques

Le rôle des conventions fiscales internationales

La France a signé de nombreuses conventions fiscales bilatérales visant à éviter les doubles impositions en matière de succession. Ces conventions peuvent modifier substantiellement le régime applicable à une assurance-vie détenue par un non-résident.

Fonctionnement général des conventions

Chaque convention fiscale bilatérale définit ses propres règles de répartition du pouvoir d’imposition entre la France et le pays de résidence du défunt ou des bénéficiaires. Les conventions fiscales bilatérales priment sur le droit interne français lorsqu’elles existent et couvrent la matière successorale.

Certaines conventions excluent explicitement l’assurance-vie du champ d’application des droits de succession classiques, la faisant basculer dans un régime autonome. D’autres, au contraire, l’intègrent pleinement dans l’assiette successorale taxable selon des règles de répartition précises.

Absence de convention applicable

En l’absence de convention fiscale spécifique entre la France et le pays de résidence du souscripteur ou des bénéficiaires, le droit interne français s’applique par défaut. Cela signifie que l’article 990 I du CGI peut s’imposer intégralement, sans mécanisme correcteur destiné à éviter une double imposition avec le pays étranger concerné.

Cette situation peut conduire à des cas de double taxation, le pays de résidence appliquant ses propres règles successorales tandis que la France impose parallèlement les capitaux décès selon son régime spécifique à l’assurance-vie.

Tableau comparatif des situations selon le statut

Pour clarifier les différentes configurations possibles, voici une synthèse des régimes applicables selon le statut du souscripteur et des bénéficiaires.

SituationSouscripteurBénéficiaireRégime applicable
Cas 1Résident françaisRésident françaisFiscalité française intégrale, article 990 I
Cas 2Non-résidentRésident françaisArticle 990 I applicable selon jurisprudence
Cas 3Non-résidentNon-résidentRégime du pays de résidence, sauf convention contraire
Cas 4Résident françaisNon-résidentFiscalité française, sous réserve de convention

Cette grille de lecture reste indicative et doit systématiquement être confrontée aux dispositions de la convention fiscale bilatérale applicable, lorsqu’elle existe, ainsi qu’aux spécificités du contrat souscrit.

Les précautions à prendre pour les non-résidents

Face à cette complexité juridique et fiscale, certaines démarches permettent de sécuriser la transmission d’un contrat d’assurance-vie dans un contexte international.

Vérifier le pays d’établissement de l’assureur

Avant toute souscription, il convient de s’assurer du pays d’établissement réel de la compagnie d’assurance. Un contrat souscrit auprès d’un assureur établi en France reste soumis à la fiscalité française, quel que soit le lieu de résidence du souscripteur ou des bénéficiaires au moment du décès.

Analyser la convention fiscale applicable

Il est indispensable d’examiner attentivement le contenu de la convention fiscale bilatérale liant la France au pays de résidence, si une telle convention existe. Cette analyse permet d’anticiper le régime fiscal réellement applicable et d’éviter les mauvaises surprises lors du règlement de la succession.

Consulter un professionnel spécialisé

Compte tenu de la technicité du sujet, plusieurs démarches méritent d’être envisagées :

  • Solliciter un conseil en gestion de patrimoine spécialisé dans les problématiques transfrontalières
  • Consulter un notaire habitué aux successions internationales impliquant des non-résidents
  • Vérifier auprès de l’assureur les modalités précises de son contrat en cas de décès à l’étranger

Anticiper la rédaction de la clause bénéficiaire

La rédaction de la clause bénéficiaire mérite une attention particulière dans un contexte international. La clause bénéficiaire doit être rédigée avec précision pour éviter toute ambiguïté sur l’identité des bénéficiaires et leur lieu de résidence, ce qui influence directement le régime fiscal applicable.

Il est également recommandé de :

  • Actualiser régulièrement la clause bénéficiaire en fonction des changements de résidence
  • Vérifier la compatibilité de la clause avec les règles successorales du pays de résidence
  • Anticiper les conséquences d’un changement de résidence fiscale sur le contrat existant

Les spécificités selon les principaux pays de résidence

Le traitement fiscal de l’assurance-vie varie sensiblement selon le pays de résidence du souscripteur non-résident, en fonction des conventions fiscales en vigueur.

Dans certains pays européens, des conventions fiscales spécifiques encadrent précisément le sort de l’assurance-vie française détenue par un résident local. Ces conventions bilatérales déterminent souvent la répartition du pouvoir d’imposition entre la France et le pays de résidence, évitant ainsi les situations de double taxation.

À l’inverse, pour les pays sans convention fiscale applicable en matière de succession, le régime français de l’article 990 I s’applique par défaut, sans mécanisme correcteur. Cette situation concerne notamment certains pays extra-européens avec lesquels la France n’a pas conclu d’accord bilatéral couvrant cette matière spécifique.

Selon les praticiens du droit international, la vérification préalable de l’existence et du contenu d’une convention fiscale constitue une étape incontournable avant toute décision relative à la souscription ou à la transmission d’un contrat d’assurance-vie dans un contexte transfrontalier.

Ce qu’il faut retenir sur la fiscalité successorale internationale

La détermination du régime successoral applicable à une assurance-vie détenue par un non-résident nécessite une analyse au cas par cas, tenant compte simultanément du domicile fiscal du souscripteur, du pays d’établissement de l’assureur, de la résidence des bénéficiaires et de l’existence éventuelle d’une convention fiscale bilatérale.

L’article 990 I du Code général des impôts constitue le texte de référence en droit interne français, mais son application peut être modulée, voire écartée, par les stipulations d’une convention internationale. L’anticipation reste la meilleure protection face à cette complexité, notamment par une rédaction soignée de la clause bénéficiaire et une vérification régulière de la situation fiscale au fil des changements de résidence.

Dans tous les cas, le recours à un professionnel spécialisé dans les successions internationales apparaît comme une démarche prudente, tant les configurations possibles sont nombreuses et les enjeux financiers potentiellement significatifs pour les bénéficiaires concernés.